La corruption au Cameroun

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La corruption : un mal social profond

Fléau social de grande ampleur, la corruption fait partie désormais de la vie camerounaise.  Cela étant, il n y a pas un seul secteur dans le pays, qui est à l’abri de ce mal. Selon le dernier rapport de Transparency International (TI), le Cameroun se trouve à la 28ème place, des pays les plus corrompus de la planète. Certes il y a eu en 22 ans, un progrès dans le classement. Pour rappel, en 1998 et 1999,  la Cameroun a été pendant deux ans successifs,  le pays le plus corrompu au monde. Dans cet article, nous essayerons d’analyser comment  se comporte  actuellement la corruption au Cameroun

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La corruption au Cameroun
La corruption au Cameroun. Un fléau social

La corruption, une réalité camerounaise

Le voyageur qui débarque au Cameroun, sera surpris ou confronté à certaines réalités typiquement camerounaises. Dans ce pays, presque tous les services publics sont monnayables. Tu veux établir un passeport, suivre ton dossier dans un service public, réussir à un concours public, être muté ailleurs, etc. Bref on corrompt sur tout. Et la corruption est devenue normale que cela n’inquiète plus personne. Cette pratique est courante à tous les niveaux de l’Etat. De ce fait, les fonctionnaires sont dans la plupart des cas corruptibles. Mais pour qu’il ait la corruption, il faudrait qu’il ait un corrupteur. Ainsi donc, les camerounais sont aussi très corrupteurs.

Cela dit, les noms que les camerounais donnent à la corruption sont multiples. En fait, voici les principales appellations :  TCHOKO, GOMBO, CARBURANT, BIERE, MOTIVATION, TAXI.  Certaines catégories du service Public sont échiquetées par des noms particuliers.  À ce sujet, nous avions les fonctionnaires des corps habillés (policiers, gendarmes, militaire, etc.), qu’on appelle généralement les mange-mille ou les bérés. Ceux-ci sont très actifs dans le transport routier. Parfois, pour un petit trajet de quelques kilomètres, vous pouvez trouver jusqu’à 5 ou 10 barrages routiers. Et à chaque barrage, il faut TCHOKO  les manges-mille, si vous ne voulez pas avoir toutes les tracasseries, même si votre voiture est en règle. Car, le mange-mille trouvera toujours quelque chose qui manque sur votre véhicule ou dans vos dossiers.

Lutte contre la corruption au Cameroun

Le pays affiche tout de même, une volonté très discutable dans la lutte contre le mal. Plusieurs structures ont été créées pour essayer de mieux contrôler le phénomène. Ainsi, nous avions la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC) ; l’Agence Nationale d’Investigation Financières (ANIF) ; l’Agence de Régulation des Marchés Publics (ARMP) et enfin l’Initiative de Transparence dans les Industries Extractives au Cameroun (ITIE Cameroun). Voilà des organismes publics budgétivores qui pour le moment, affichent des résultats en deçà des attentes des camerounais.  Toutefois, la CONAC dans son dernier rapport publié le 19 décembre 2019 sur l’état de la lutte contre le fléau au Cameroun, montre un léger optimisme.  À ce propos, les citoyens sont de plus en plus motivés à dénoncer ces actes immoraux et répréhensibles. Ainsi, en 2018, le total des dénonciations faites par les citoyens à la CONAC a été de 23048 cas, contre 3982 en 2017.

D’autre part, 58 personnes ont été accusées devant le Tribunal Criminel Spécial (TCS). Parmi lesquelles, 16 acquittées et 42 coupables.  Et les condamnations vont de 10 ans à l’emprisonnement à vie. En plus, le préjudice financier crée à l’Etat est de 47 milliards de FCFA. D’autre part, la Cour suprême a rendu treize décisions, neuf ont été transmises à la CONAC pour des affaires liées à la corruption.

Les secteurs les plus corrompus

Le rapport de la CONAC publié en 2017 et qui demeure toujours en vigueur, mentionne les cinq administrations les plus corrompues. Les voici par ordre croissant, les différents services attachés à ces ministères : Marchés Publics (1), Finances (2), Justice (3), Défense (4) et Transports (5).

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Les problèmes liés à la lutte contre la corruption

La lutte contre la corruption au Cameroun accuse une lenteur dans la mise en place de certaines normatives.  Le Cameroun n’a pas encore ratifié la Convention de l’Union Africaine contre la corruption. En plus, l’article 66 de la constitution camerounaise de 1996 ne s’applique pas encore jusqu’à présent.  En fait, cette loi mentionne que : « tous les gestionnaires de crédits et des biens publics,  doivent faire une déclaration de leurs biens et avoirs au début et à la fin de leur mandat ou de leur fonction ».  Il faut souligner ici que, les législateurs de cette loi, avaient indiqué que l’application dudit article était soumis à la signature par un décret du Président de la République. Voilà pourquoi, depuis il n y a toujours rien…

Par ailleurs, il n’existe aucune protection juridique pour les journalistes et autres  lanceurs d’alerte dans leur campagne contre la corruption au Cameroun. Ceux-ci sont souvent victimes des mesures de représailles (arrestation, emprisonnement, intimidation). C’est la raison pour laquelle, les hommes des medias, s’intéressent de moins en moins à faire des enquêtes d’investigations. En tout cas, tout se passe comme s’il y a pas vraiment une volonté des autorités de lutter contre la corruption.  On a plutôt l’impression que, la lutte contre la corruption au Cameroun est instrumentalisée politiquement. C’est-à-dire qu’on l’applique le plus souvent, pour « frapper » les ennemis politiques. Sinon comment comprendre que des scandales liés aux travaux de la coupe d’Afrique des Nations 2021 au Cameroun, jusqu’à présent aucune enquête judiciaire n'est ouverte ? Comme quoi,  deux poids et deux mesures. Voilà le Cameroun.

Cinzia Matteucci – UCCADIA

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